Entre 2010 et 2012, la Blanchisserie de l’hôpital Charles Foix a été un lieu de recherche, de rencontre et de production, nous étions trois chorégraphes dont Edwine Fournier, Lydia Boukhirane à bénéficier du studio de danse et des bureaux. Nous avons décidé de nous associer pour mener des ateliers dans l’aile de psychiatrie gériatriques, un jeudi par semaine pendant une année. Rapidement les troubles dont souffraient les personnes âgées ont fait volés en éclats les cadres des ateliers tels qu’imaginés à l’origine. Ces rendez-vous hebdomadaires sont devenus deux heures de performances où poésie, danses et papotes s’intercalaient, se tissaient et se répondaient.
Le projet se nommait Traces. Un jour, il faisait beau et dans une suspension de la danse, Irène a regardé le ciel, s’est arrêtée un temps, m’a regardé et m’a dit : « Je ne vois pas la contrainte des nuages »
J’ai rencontré Irène dans le salon. Elle aime la danse. Nous sommes allées toutes les deux dans la grande salle. Un homme était en train de faire le ménage – Il fait beau – pas vraiment froid – J’ai demandé à Irène si elle se sentait d’aller dans le petit jardin – Oui – on peut faire ça en attendant que le sol sèche.
On a un peu discuté assises sur des chaises avant de les ranger et de commencer doucement à se mettre en mouvement, elle est très sensible et timide, on commence à dialoguer en danse sans trop de consignes.
Comme un peu de musique serait bienvenue, on décide de rentrer. Elle aime Tchaïkovski et aussi Pavarotti, Domingo, le trio des ténors dont j’ai honteusement oublié le nom du troisième. Je mets une radio classique. On continue le dialogue commencé dans le jardin, elle est très concentrée , on s’arrête de temps en temps, on s’assoit et discute.
On regarde la bibliothèque elle prend un petit livre. J’en profite pour lui dire que j’ai apporté un livre de poésie – J’avais choisi chez moi Il n’y avait plus qu’à marcher de Giono pour le titre et aussi c’est le seul livre écrit en très gros que j’ai dans ma bibliothèque – on a lu ensemble




