Pièce pour 4 performeur·se·s et une farandole
Chorégraphie : stéphanie auberville
Musique : clara levy et perrine bourel
Scénographie : myriam martinez
Conseils : myriam van imschoot
coproduction Charleroi danse, le Théâtre de la Balsamine,
résidence à RAMDAM centre d’art, La Bellone, Bora Bora et EarthWise, Studio Thor. production en cours
NOTE D’INTENTION
Cette création est la continuité d’une année de recherche sur les danses traditionnelles et l’écologie. Je suis allée dans des festivals en Auvergne, apprendre les danses, écouter des concerts, rencontrer et discuter avec des danseur·euse·s et des musicien·ne·s. Je cherchais comment ces danses pouvaient transformer ma façon de penser le mouvement, changer ma manière de prendre appui sur la terre, de penser les rythmes, de mesurer le temps. Les danses traditionnelles sont des danses qui témoignent d’un monde plutôt rural. Je voulais infuser ses savoirs dans ma pratique de danse contemporaine et regarder ce que cela provoquait. De manière intuitive, je pensais que les danses traditionnelles portent en elles des modèles cosmogoniques un peu différents, qu’il y a dans ces pas une façon particulière d’envisager nos places et nos rapports au monde. Ce n’était pas si flagrant mais suffisant pour opérer des changements dans ma pratique et dans certaines visions ou définitions de l’écologie.
Au départ de ce travail, je cherchais ce que pourrait être le concept de « terranité ». La terranité comme sensation d’appartenir à la terre au même titre que le mot humanité est usité pour l’appartenance aux humains. Mes recherches, auprès de l’activiste écologiste américaine, Julia Butterfly Hill, m’ont emmené vers les pensées des peuples premiers et leurs rapports au monde, à la nature et à l’écologie. Ce n’était pas confortable. Je me confrontais aux idées de nature peuplée d’esprits et à l’idée de sacré.
Mon esprit cartésien et ma culture athée étaient malmenées, j’arborais jusqu’alors avec fierté l’appartenance à une famille qui ne baptisait pas ses enfants depuis 1915. Et aujourd’hui, je ne savais plus quoi faire de cette fierté. L’esprit des Lumières et la science moderne avait historiquement balayé « l’obscurantisme », le monde des esprits et des invisibles, et donné naissance à la médecine, au progrès, à la rationalité. Je suis un pur produit de cette pensée moderne, la danse contemporaine découle aussi de cette pensée. Pourtant, au vue des actualités, je dois admettre la force destructrice de cette modernité aussi bien sur le plan écologique que sur le plan humain. Je ne savais pas comment faire cohabiter ces deux formes : la science moderne et la rationalité avec les conceptions écologiques des peuples premiers, intrinsèquement lié au monde des esprits et des invisibles et je refusais d’opposer ces deux conceptions.
Aujourd’hui, en cours d’écriture de la pièce Ailleurs n’existe pas, je ne souhaite toujours pas trancher entre ces 2 modes. La chorégraphie met en scène et embrasse l’inconfort, rend visible les paradoxes.
Une céramiste, une musicienne contemporaine, une musicienne traditionnelle et une farandole viennent composer Ailleurs n’existe pas où il est question de terrain et de territoires, de géographies réelles et d’imaginaires, de glissements et micro- variations , de local et de global, de savoirs savants et savoirs vernaculaires – d’étouffements et de respiration.