Julia

Avant de lire ce texte, je vous invite à fermer les yeux, à écouter les sons autour de vous et à imaginer un endroit où vous aimez être pour vous reposer et respirer.

Dans une interview, Julia Butterfly Hill évoque la notion d’ailleurs contenue dans ce qu’elle appelle « l’esprit de la jetabilité », cet esprit nous permet de prendre un objet qui se trouve dans notre espace et de le mettre « ailleurs », de le faire disparaitre de notre vue, de le jeter.

Où se trouve cet « ailleurs », demande -t-elle ? Un tel endroit n’existe pas, la planète est partout, il n’y a pas d’ailleurs, nulle part. Sa voix est douce.

Je la regarde via une vidéo faite à Oakland en 2010, elle traverse la planète et le temps pour atterrir sur mon écran d’ordinateur le 15 avril 2020 à Molenbeek, en plein covid. Le virtuel transforme les ailleurs et les lointains, crée du familier, s’invite chez moi, mes fenêtres sont ouvertes il fait beau. Je m’intéresse en ce moment à Julia Butterfly Hill car elle a passé 2 ans dans un séquoia géant de 1000 ans et de 60m de haut, appelé Luna. Elle est restée exactement 738 jours sans descendre, 738 jours sans toucher terre, 738 jours perchée. Il y a des situations qui créent des rapprochements d’imaginaires, imaginaire seulement, je descends régulièrement les 10 m qui me séparent du sol pour faire quelques courses.

Je continue à regarder, Julia continue à parler, je l’appelle Julia maintenant car depuis qu’elle s’invite dans mon ordinateur nous sommes devenues amies. Donc Julia m’explique : quand elle a commencé à s’intéresser à la « conscience de la jetabilité », elle est allée rendre visite à des ami.es, membres des peuples premiers, pour les interroger et savoir si dans leur langue il y avait des mots qui pourraient s’apparenter aux notions de déchets, ou de poubelles ou encore de jetable. Jusqu’à présent elle n’a rien trouvé, ces notions n’existent dans aucunes des langues traditionnelles. Elle ajoute : toutes les connaissances traditionnelles savent très bien que de telles choses ne peuvent pas être et exister.

Là je dois faire une pause, me lever, faire le tour de mon appartement et respirer

de telles choses ne peuvent pas être et exister…

Alors il n’y aurait pas d’ailleurs, nulle part ?

À suivre ..

Publié par aubervillestephanie

chorégraphe basé à Bruxelles

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